Origine et histoire de la Forteresse
La forteresse de Mornas, perchée sur un escarpement rocheux surplombant le Rhône, fut un point stratégique dès l’Antiquité. Les Gaulois et les Romains l’utilisèrent pour contrôler la navigation fluviale et sécuriser les frontières. Après la bataille de Vindalium, les Romains démantelèrent l’oppidum gaulois pour éviter toute rébellion, fondant Orange comme symbole de leur domination. La région, intégrée à la Provincia Romana en 118, bénéficia d’une paix relative grâce aux axes commerciaux vers l’Espagne.
Mentionnée pour la première fois au IXe siècle sous le nom Rupea Morenata, la forteresse devint un enjeu entre l’abbaye d’Aniane, l’archevêché d’Arles et les comtes de Toulouse. Au XIIe siècle, elle fut renforcée avec des fortifications en bois, puis en pierre. Pendant la croisade contre les Albigeois (1209), Raymond VI de Toulouse, accusé d’hérésie, dut la céder à l’Église avant qu’elle ne revienne aux comtes, puis au pape en 1229. Confiée aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem en 1274, elle fut rétrocédée en 1305 en raison de son coût d’entretien.
Lors de la guerre de Cent Ans, la forteresse servit de rempart contre les routiers, avant de tomber aux mains des protestants en 1562 sous Montbrun, lieutenant du baron des Adrets. Les guerres de Religion accélérèrent son déclin : négligée, elle perdit son rôle défensif après le XVIe siècle. Redécouverte au XIXe siècle, sa restauration débuta en 1977 grâce à l’association Les Amis de Mornas. Inscrite aux monuments historiques en 1927, elle propose aujourd’hui des animations estivales.
La forteresse s’organise autour d’un plateau de 200 m sur 70 m, avec une partie nord abritant le donjon (XIIIe siècle ?), une chapelle romane remaniée, et des citernes. La basse-cour, au sud, est ceinte d’une enceinte du XIVe siècle. Son architecture militaire homogène rend difficile la datation précise des éléments. Le site offre un panorama exceptionnel sur la vallée du Rhône, témoignant de son importance stratégique passée.
Les fouilles et restaurations ont révélé des traces de l’oppidum gaulois, des tours romaines post-bataille de Vindalium, et des aménagements médiévaux. Les centuriations romaines, quadrillant les terres, effacèrent les anciennes bornes gauloises, marquant une rupture dans l’organisation territoriale. La forteresse, symbole des conflits entre pouvoirs religieux et laïcs, illustre aussi l’évolution des techniques défensives, du bois au XIIe siècle à la pierre aux XIVe–XVIe siècles.